mardi 13 octobre 2009

Catherine Tauveron et l'interprétation en Didactique de la Littérature

Mardi prochain, le 20 octobre, nous aurons le plaisir d'accueillir Catherine Tauveron (Institut de la recherche pédagogique, Rennes) en salle 019 de la Maison de le recherche, sur le thème :

L'interprétation littéraire :
Des sources théoriques à une modélisation didactique




On se propose de répondre aux questions posées :

  1. Que peut-on saisir en interprétant ?
  2. Quels sont les principes méthodologiques de l'interprétation ?
  3. Quel est le statut épistémologique des résultats de l'interprétation ? En particulier quels sont les modes de validation d'une interprétation ?
  4. Qu'est-ce qui ne relève pas (dans une discipline donnée) de l'interprétation ?

En adoptant le point de vue d’une didacticienne de la littérature amenée à construire une modélisation de la compréhension et de l’interprétation valide dans le champ de la scolarité élémentaire (et au-delà, sans doute).

Cette modélisation a été construite à la fin des années 90 contre les représentations et injonctions officielles de l’époque (compréhension assimilée à la saisie de la littéralité, interprétation rejetée hors du possible) avec pour objectif d’expliciter les raisons, les enjeux et les moyens d’une initiation précoce à la lecture littéraire et d’argumenter la nécessité d’entreprendre une « quasi-dyslexie des habitudes de lecture ».

Ce modèle, qui articule les principaux apports des théories de la réception littéraire, remet cependant en cause leur conception hiérarchisée de la compréhension et de l’interprétation ainsi que leur opposition, liée, entre lecture heuristique et lecture herméneutique. A partir d’une redéfinition des deux opérations dont il inverse l’ordre, il pose que la (une) compréhension est la finalité de tout acte de lecture et l’interprétation un moyen pour y parvenir.

On en conclut que, si l’on veut « apprendre à comprendre », on ne peut le faire que sur des textes qui posent des problèmes de compréhension et qu’on ne peut qu’apprendre à interpréter. On développera la distinction centrale faite entre réticence et prolifération (qui est parfois une conjonction), entre problèmes de compréhension et problèmes d’interprétation et l’on posera l’existence de deux types d’interprétation.

Si l’interprétation est élection d’une (ou plusieurs) solutions parmi des possibles alors elle peut être mise en débat.

On s’interrogera sur le « débat interprétatif », innovation majeure issue de la modélisation et reprise par les programmes officiels de 2002, ce qu’il est et n’est pas (distinction entre débat délibératif et débat spéculatif), le type de lecteur qu’il convoque (distinction entre lecteur-modèle et lecteur empirique), les limites respectives des droits du lecteur et des droits du texte, la part et la place de la subjectivité, les manières dont se construisent des hypothèses recevables, leur mode de validation, le statut épistémique des hypothèses validées devenues « interprétations », étant entendu que l’école ne saurait en aucun cas faire allégeance à la lecture « méthodique », rhétorique et figée en usage dans le secondaire.

On se demandera enfin quelles sont les conditions (et les difficultés) d’un bon arbitrage magistral dans cette communauté interprétative singulière qu’est une classe. A l’aide du concept de paradigme emprunté à Kuhn et repris par Bayard (qui parle de « paradigme intérieur » et de « livre intérieur », livre intérieur irréductible au livre intérieur de tout autre lecteur), à l’aide aussi des réflexions de Eco dans Les limites de l’interprétation et de la notion de communauté interprétative telle que définie par Fish, on se demandera comment à partir des interprétations multiples et singulières construites par les jeunes lecteurs, qui ne sont pas interprétations différentes de l’objet lu mais construction d’objets différents, l’on peut néanmoins espérer construire un « livre intérieur » ou « textus receptus » collectif et en amont une posture collective issue d’un protocole intériorisé.

lundi 12 octobre 2009

Alexandre Billon et Laurent Keiff : Interprétation et Philosophie de la Psycho-pathologie

La réflexion sur les techniques interprétatives se poursuit ce mardi avec une intervention d'Alexandre Billon et de Laurent Keiff (horaires et salle habituels) sur le thème :

Délire et charité interprétative


La psychopathologie fournit quelques exemples de discours qui posent un problème particulier d'interprétation en cela qu'ils semblent manifester une carence rationnelle qui met à mal l'application du principe de charité. Or ce principe, qui demande que l'on interprète toujours le discours d'autrui sous l'hypothèse de sa rationalité est l'une des conditions de possibilité de l'interprétation. Le propose de cette intervention est de formuler une nouvelle solution à ce problème, en montrant en quel sens il est possible de maintenir que les croyances délirantes sont le fruit d'un processus doxastique rationnel.

mercredi 7 octobre 2009

Séance déplacée

Attention : pour cause de vacances de Toussaint, la séance du 27 octobre a été reportée au 10 novembre !

C'est donc le 10 novembre que Axel Bühler (Herméneutique, Düsseldorf) interviendra sur le sujet :
"Investigating and confirming the hypotheses of interpretation"

Un grand merci au professeur Bühler de sa flexibilité !

mercredi 30 septembre 2009

Eléonore LeJallé et l'interprétation en philosophie moderne

L'année commence en beauté pour notre séminaire, puisque c'est Eléonore LeJallé (STL, Lille 3) qui mardi 06 octobre, de 12h à 14h en salle 020 de la Maison de la Recherche, ouvrira la discussion par l'intervention :

Interpréter, est-ce expliquer par des causes ?
Hume et Davidson sur les raisons de l'action


Le débat contemporain concernant "les causes et les raisons" (de l'action) est celui qui oppose Davidson aux Wittgensteiniens. Wittgenstein a montré dans le Cahier Bleu les différentes logiques séparant l'usage du mot "cause" et celui du mot "raison" lorsqu'il est question de l'action. Et son disciple Melden a explicitement pris Hume comme adversaire en montrant que la relation entre l'action et ses "raisons" consistait en une "relation logique" essentiellement différente de la relation extrinsèquement empirique unissant une cause à un effet. Par la suite, c'est en s'opposant à ce fameux "argument de la conexion logique" unissant l'action à ses "raisons" que Donald Davidson fit retour à Hume : aux raisons de l'action correspondent en effet, selon Davidson, autant d' "événements mentaux" permettant d'identifier ces dernières à des causes, c'est-à-dire, en un sens humien, à des événements précédant l'action et reliés à cette dernière par une loi de couverture. Ainsi, pour Davidson comme pour Hume, les raisons de l'action sont des causes. Et l'interprétation d'une action par des raisons n'est donc pas fondamentalement différente de son explication par des causes.


Sur ce débat, voir la présentation de P. Engel à Davidson, Actions et événements et le chapitre 1 du livre de Ruwen Ogien, Les causes et les raisons (Les causes et les raisons. Philosophie analytique et sciences humaines, éd. J.Chambon, 1998).

lundi 20 juillet 2009

Bonnes vacances !

Merci à tous les participants au séminaire "Interprétation : Formes et Problèmes" ! Cette année, les discours de la logique philosophique et de l'herméneutique se sont régulièrement nourris l'un de l'autre ainsi que, de manière ponctuelle, ceux de la psychologie et de la linguistique.
L'année qui vient, nous espérons ouvrir un dialogue avec davantage d'autres approches. Au programme :

Eléonore LeJallé (STL, Lille 3) 6 octobre
Philosophie Moderne
"Interpréter, est-ce expliquer par des causes ? Hume et Davidson sur les raisons de l'action"

Alexandre Billon et Laurent Keiff (STL, Lille 3) 13 octobre
Philosophie des sciences cognitives et Logique
"L'interprétation et la question de l'attribution des croyances"

Catherine Tauveron (Institut de la recherche pédagogique, Rennes) 20 octobre
Didactique de la littérature
"L'interprétation littéraire : des sources théoriques à une modélisation didactique"


Attention, la séance du 27 octobre (vacances de Toussaint) a été reportée au 10 novembre !

Feriel Kaddour (ENS, Paris) 3 novembre
Musique et musicologie
"Le geste interprète : ce que l'art de jouer du piano nous apprend de la lecture des partitions"

Axel Bühler (Düsseldorf) 10 novembre
Herméneutique
"Investigating and confirming the hypotheses of interpretation
"

Anne De Cremoux (STL, Lille 3) 17 novembre
Philologie hellénistique
"Interprétation et cuisine de la traduction :
Le cas des 'noms parlants' dans le cas de la comédie ancienne"

Anne Fagot-Largeault (Collège de France, Paris) 1er décembre
Philosophie des sciences biologiques et médicales
"L'interprétation des signes et des symptômes dans le diagnostique médical"

Je vous rappelle que nous sommes ouverts à toute proposition d'intervention, par exemple en histoire, en économie ou encore en communication !

En attendant et pour des vacances éclairées, voici un peu de lecture que nous a gentiment envoyé John Elster et que vous pouvez consulter d'un simple clic là : Interprétation et Choix Rationnel

...un très bel été à vous !!

lundi 22 juin 2009

Jacques Dubucs et l'inteprétation en philosophie

Pour la dernière séance de cette année universitaire, nous avons le plaisir d'accueillir Jacques Dubucs, IHPST (CNRS, Paris 1, ENS) sur le thème : "Comprendre Autrui" ce mardi 23 juin, toujours de 12h à 14h en salle 020 de la Maison de la Recherche.
Ci-dessous un résumé détaillé de son intervention ainsi que les liens vers deux de ses articles en lien avec cette question.

Comprendre Autrui

Le problème de la compréhension d'autrui regroupe au moins quatre questions distinctes :
(a) Que se passe-t-il lorsqu'il arrive quelque chose à son corps ?
(b) Que ressent-il ?
(c) Pourquoi fait-il ce qu'il fait ?
(d) Pourquoi dit-il ce qu'il dit ?
La relation entre ces diverses questions a évolué, mais elle est loin d'être aujourd'hui stabilisée.

1.Le rapport entre les questions du premier type et les trois autres s'est resserré. Les fondements métaphysiques d'une distinction tranchée entre les deux se sont effrités. Une distinction non substantielle l'a remplacée : les dysfonctionnements ont des causes, le comportement normal a des raisons. Quelle est la solidité de cette dernière distinction ? Est-elle en mesure de supporter le clivage actuel (dans le paysage français) entre les sciences de la nature et les sciences de l'homme ?

2. La question (d) tend à être rapprochée de la question (c) et conçue comme l'une de ses variantes, à la fois parce que l'importance de l'"intention de significaiton" (ce que l'autre entend communiquer en s'exprimant) semble l'emporter sur celle de la signification linguistique, mais aussi parce que la compréhension littérale de ce qui est dit (la perceptions des sons parlés) repose elle-même sur un processus d'ajustement pragmatique mutuel. Quel est, dans ce contexte, le statut des formes contemporaines de la compréhension empathique (théorie des neurones-miroirsn, théorie "motrice" de la reconnaissance des sons parlés), naguère mise en avant pour répondre aux quesitons de type (b) ?

3. Dans une perspective non empathique, la compréhension des actions délibérées d'autrui repose sur un principe pragmatique : on doit supposer que l'autre ait au mieux, compte tenu de ses opinions et de ses préférences. Cette méthode est partiellement indéterminée, car l'action ainsi interprétée ne permet pas de démêler les motifs des deux sortes. De plus, la version exacte du principe pragmatique (la maximisation de l'utilité esprérée) se heurte à des objections de vraisemblance cognitive. dans ces conditions, faut-il conserver à ce principe le statut "transcendantal" qu'on lui attribue parfois ?

4. Les croyances les plus enchâssées, celles qui ont trait, non pas au monde, mais à la logique et aux mathématiques, se révèlent par les propos, non par les actes. Jusqu'où doit aller, en ce domaine, la charité de l'interprète ?

L'exposé sera principalement consacré aux deux dernières questions.


Bibliographie.
[1] Jacques Dubucs. Les états mentaux sur la place publique. Intellectica, 21 (2): 271-290, 1995.
Consultable ici.
[2] Jacques Dubucs. Calculer, percevoir et classer. Archives de Philosophie, 65: 335-355, 2002.
Consultable là.

mardi 9 juin 2009

Christian Berner et l'interprétation herméneutique

Contrairement à ce qui avait été annoncé, l'intervention de Christian Berner (Lille 3) de ce jour était bel et bien sur la question des :

Objets et méthodes de l'interprétation
dans l'herméneutique

A partir d'une réflexion sur les 5 questions motivant ce séminaire :
1. Que peut-on saisir en interprétant ?
2. Quels sont les principes méthodologiques de l'interprétation ?
3. Quel est le statut épistémologique des résultats de l'interprétation ? En particulier quels sont les modes de validation d'une interprétation ?
4. Qu'est-ce qui ne relève pas (dans une discipline donnée) de l'interprétation ?
Il s'est agit de distinguer plusieurs acceptions du terme "herméneutique", à la fois :
- Méthode d'interprétation, c'est-à-dire ayant pour objectif la compréhension d'un discours étranger (telle qu'elle, présente dans différentes disciplines),
- Discipline ayant pour objet la réflexion sur les conditions de possibilité de la compréhension,
- Discipline ayant pour objet d'étude l'homme en tant qu'être défini par cet acte de compréhension.

Ces distinctions furent à leur tour un moteur dans l'articulation des grandes thèses et transitions entre différentes postures, telles que 'l'herméneutique biblique', 'l'herméneutique de la Raison', ou encore 'l'herméneutique générale'.

S'en est suivi une belle discussion, pour laquelle nous tenons à remercier Christian Berner ainsi que l'ensemble des participants à ce séminaire !!